Je parcours, sans conviction, ces interminables tunnels souterrains. Je n'ose plus regarder dans
l'
ombre, ni écouter aux sons lointains. J'ai bien trop peur. Ma lanterne,
quoique maltraitée par mon terrible périple, projette encore et vaillamment une
faible
lumière. Je n'ai plus rien, j'ai perdu mon
épée en fuyant
des monstres indescriptibles et horrifiants, j'ai fini la dernière goutte d'
eaude ma gourde, j'ai abandonné mon ultime ration à des créatures affamées. Je me
traîne de quelques pas, épuisé, avant de m'effondrer au sol. J'ai oublié la
couleur du jour, le
vert des forêts, le
bleu du ciel, le
rose irradiant
du soleil couchant, le blanc des
éclairs d'été, l'orange des feuilles
d'automne. En ce
monde maudit, tout est noir et cauchemardesque, noir et
phobique, noir… Je sanglote, seule action que me permettent encore mes maigres
forces. Mes larmes, coulant laborieusement le long de mes joues sales, forment
de petits
anneaux au sol.
-
Seigneur, prends pitié de moi… énonce-je faiblement, en bégayant de faiblesse.
Une
fourmi grimpe le long de mon bras. C'est le silence complet, et je comprends que même la Foi m'a
abandonné. Je gis dans des haillons déconfis et une mare de boue, n'attendant
plus rien du
futur. C'est alors que le halo de ma lanterne s'estompe
progressivement. Je vois des formes dans l'ombre m'approcher, s'esclaffer de
joies impies, tendre leurs bras difformes pour m'arracher la vie. Mon agonie se
prolonge indéfiniment, pris d'une panique instinctive, je hurle et gueule et crie.
De mémoire d'homme, aucune mort ne fut aussi horrible que la mienne. Aussi
longue et tortueuse. Mon corps n'est plus qu'une masse de souffrance et de
folie, que quitte désormais mon âme détruite.
Je vais enfin rejoindre, au ciel, le Grand
Roi de ce monde, qui siège sur un trône d'or et de
diamants. Je vais rencontrer les sept
Aigles Sacrés, qui décideront de
la sentence de mon être.
Là, je l'aperçois, le Maître Divin, se dressant avec splendeur devant mon être infime.
- Paix, me lance-t-il de son autorité bienveillante.
S'estompent alors mes peurs et mes peines, et je m'avance enfin avec confiance.